Les migrants, cibles du trafic d’organes

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Fin août, un nouveau coup de filet a eu lieu en Egypte contre des trafiquants d’organes. Au Proche-Orient, les migrants sont devenus leurs proies privilégiées.

Le Monde | 04.09.2017 à 14h16 • Mis à jour le04.09.2017 à 18h51 |Par Agnès Noël

Kalila, une réfugiée syrienne de 39 ans, ici au Liban en juin 2014, porte la cicatrice du prélèvement de son rein, qu’elle a vendu 15000 dollars (12600 euros).

Hiba, jeune migrante soudanaise, mère célibataire de deux enfants, ­venait d’arriver au Caire lorsqu’elle a été approchée par des « courtiers » qui lui ont proposé de leur vendre un rein. A la clinique, le médecin lui a donné 40 000 livres égyptiennes (1 900 euros), beaucoup moins que les 40 000 dollars (33 600 euros) promis initialement. L’argent ne lui a pas beaucoup servi. « J’ai dépensé la plus grande partie de cette somme en restant à l’hôtel. Je ne voulais pas que quiconque apprenne ce qui était arrivé », a-t-elle indiqué à Sean Columb, maître de conférences en droit à la faculté de Liverpool et spécialiste de la question du trafic d’organes, qui a recueilli son témoignage. Aujourd’hui, elle souffre de fortes douleurs au ventre et ne peut plus soulever de charges lourdes. Le seul travail qu’elle a pu trouver est « hôtesse » dans un club de nuit.

Ils seraient des milliers comme Hiba au Proche-Orient. Les migrants et les personnes déplacées sont devenus en Egypte, en Irak et en Syrie les victimes privilégiées du trafic d’organes. Un trafic qui a fait l’actualité ces dernières semaines en Egypte : le ministère de l’intérieur a annoncé, le 22 août, l’arrestation de douze personnes, dont des médecins faisant partie d’un « grand réseau spécialisé de trafic d’organes ». Et le procès d’un autre réseau de 41 personnes, arrêtées en décembre 2016, a commencé en juillet.

Le Declaration of Istanbul Custodian Group (DICG), qui promeut les règles éthiques de la transplantation d’organes, estime ainsi qu’il y a au moins plusieurs centaines de cas en Egypte et au moins 2 000 dans tout le Moyen-Orient. La présence de migrants n’a pourtant pas généré une « explosion » du trafic de façon locale mais plutôt son déplacement, dans ces pays où le trafic est « historique » : « Auparavant, dans ces Etats, c’étaient les citoyens pauvres qui vendaient leurs reins, explique Dominique Martin, coprésidente du DICG. Maintenant ce…

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