Scènes de liesse et émeutes au Kenya après la réélection de M. Kenyatta

Des partisans du président élu, Uhuru Kenyatta, célèbrent la victoire de leur candidat à Kikuyu Town, le 11 août.
Des partisans du président élu, Uhuru Kenyatta, célèbrent la victoire de leur candidat à Kikuyu Town, le 11 août.Crédits : Jerome Delay / AP

Des émeutes et des scènes de liesse ont éclaté vendredi 11 août au Kenya après l’annonce de la réélection du président Uhuru Kenyatta pour un second mandat de cinq ans. Un résultat vivement critiqué par l’opposition, qui l’a qualifié de « mascarade ».

Dans une adresse à la Nation juste après la proclamation de sa victoire par la commission électorale (IEBC), M. Kenyatta, crédité de 54,27 % des voix, a tendu la main à son principal rival Raila Odinga – qui a récolté 44,74 % des suffrages – et appelé à la paix.

« Nous devons travailler ensemble, nous devons faire équipe, nous devons grandir ensemble, nous devons ensemble faire grandir ce pays (…) Il n’est pas nécessaire de recourir à la violence. »

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« Ils sont venus nous tuer comme en 2007 »

Dix ans après les pires violences électorales de l’histoire du pays – 1 100 morts –, la réélection de M. Kenyatta a été suivie de scènes de violence dans des bastions de l’opposition, comme à Kisumu (ouest) et dans plusieurs bidonvilles et quartiers populaires de Nairobi.

Ainsi, à Kibera, des supporteurs en colère de M. Odinga ont attaqué et pillé des commerces appartenant selon eux à des membres de l’ethnie kikuyu, celle du président, a rapporté un photographe de l’Agence France-Presse (AFP). La police a tiré en direction des émeutiers.

« Ils sont venus nous tuer comme en 2007 », a déclaré un manifestant dans le bar d’un quartier de Nyalenda à Kisumu, où il avait trouvé refuge avec quelques personnes, après que les forces de l’ordre ont ouvert le feu sur un groupe tentant de manifester.

Dans le bidonville de Kibera, à Nairobi, des partisans de l’opposant Raila Odinga incendient les commerces appartenant à des membres de l’ethnie kikuyu, estimant que le président élu a volé les élections. Le 11 août.
Dans le bidonville de Kibera, à Nairobi, des partisans de l’opposant Raila Odinga incendient les commerces appartenant à des membres de l’ethnie kikuyu, estimant que le président élu a volé les élections. Le 11 août.Crédits : CARL DE SOUZA / AFP

Dans le même temps, dans les villes de Nakuru, Eldoret et Nyeri, ainsi que dans certaines zones de la capitale, des milliers de personnes célébraient la victoire de leur candidat.

« Aller en justice n’est pas une alternative »

Dans ce contexte tendu, les prochaines déclarations de Raila Odinga seront déterminantes. Jeudi soir, il avait appelé au calme, ajoutant toutefois : « Je ne contrôle personne. Les gens veulent la justice ».

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« Je pense que tout ça relève d’une mascarade totale, c’est un désastre », avait déclaré James Orengo, un des principaux leaders de la coalition d’opposition, peu de temps avant la proclamation du vainqueur.

« Pour nous, aller en justice n’est pas une alternative. Nous sommes passés par là dans le passé. Ce n’est pas une option. A chaque fois qu’une élection a été volée, le peuple kényan s’est levé pour faire en sorte que des changements interviennent afin de faire du Kenya un meilleur endroit. »

L’IEBC avait publié des résultats provisoires dès mardi soir, mais la compilation et l’authentification des résultats définitifs a pris trois jours, durant lesquels l’opposition a évoqué un piratage informatique – démenti par la commission –, soutenu qu’il y avait eu des bureaux de vote illégaux et affirmé que Raila Odinga devait être déclaré vainqueur.

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La bonne tenue des élections générales de mardi avait pourtant été unanimement saluée par la communauté internationale, qui avait également appelé au calme dans les jours suivant le scrutin. Les présidents rwandais et ougandais Paul Kagame et Yoweri Museveni ont d’ores et déjà félicité sur Twitter leur homologue kényan.

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